Rencontre avec l’artiste Lucy Tézier Freuchet

L’artiste Lucy Tézier Freuchet signe le motif de la collection Sweet Home, rencontre avec une artiste singulière qui dépasse du cadre. Découvrez son parcours, ses inspirations et sa méthode de travail. 

Peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours ?

Je m'appelle Lucy, j'ai 27 ans, j'habite entre Paris et Los Angeles. En 2015, je termine mon diplôme supérieur en Arts Appliqués en Design Mode et Textile, avec une furieuse envie de peindre. Cette envie ne m’a jamais quittée depuis.

Au démarrage d’un projet, as-tu un processus créatif très précis, une sorte de rituel ou est-ce à chaque fois différent ?

Je dessine beaucoup de rythme. Si mes peintures montrent souvent de grandes formes pleines, mes recherches sont essentiellement d’un trait naïf, jeté sur le papier sans réfléchir. Je remplis des carnets de croquis abstraits, marqués avec beaucoup de plaisir et de liberté. Comme pour fixer une sensation dans la composition, tout en cherchant de nouvelles combinaisons colorées. Ce processus peut être infini, c’est comme un jeu. Quand on regarde ces dessins, ils peuvent paraître très enfantins. Je crois que j’aime bien cette idée.


As-tu un souvenir artistique (une forme, une couleur...) qui remonte à l’enfance qui résonne aujourd’hui dans ton travail ?

Ce qui résonne principalement dans mon travail, c’est la nature et les grands espaces de mon enfance. La répétition de certains éléments comme les bottes de foin dans les champs, les dunes ocres de Mauritanie, la Californie et ses collines dorées, l’odeur matinale de la forêt humide dans le nord de l’Inde... Toutes ces formes réapparaissent par vagues dans mon travail. Quand j’observe une plante ou un paysage, j'en déduis directement des aplats de couleurs. C’est automatique, je les peins dans ma tête de façon abstraite en continu.


Selon toi, quel a été le meilleur conseil qu’on t’ait donné ?

D’oser.

Comment as-tu imaginé le motif pour Make My Lemonade ?

Il me semble que notre idée de collaboration naît avec cette grande toile de fleurs colorées que j’ai réalisée en Californie en 2019. Séduite par l’inépuisable fraîcheur des collections de Make My Lemonade, j’ai tout de suite été enthousiaste à l’idée de croiser nos deux univers. Le motif est apparu assez simplement et naturellement. Au moment de peindre ces fleurs je fais beaucoup d’aller-retour à Marseille. Toute la gamme de recherche est d'ailleurs gorgée de la lumière de cette ville. Je crois qu’on avait mutuellement envie d’un motif réconfortant et doux, qui pouvait vivre avec le vêtement.

 

Dans ton travail on sent une préférence pour les grands, voire très grands formats, c’est depuis toujours cette envie d’immense ?

Oui, depuis toujours ! Je dirais même que c’est un effort pour moi de faire autrement. Ma première série de toiles est déjà “ plus grande que moi ”. J’aime pouvoir bouger, reculer, me confronter à une autre échelle, marcher sur mes toiles, observer et attendre que la peinture sèche...c’est comme une danse dans l’atelier. Même si j’admire généralement des peintres qui en sont capables, je suis loin d’être statique, assise derrière un chevalet à repasser sur un détail au pinceau. Pour moi la peinture, c’est sportif. Je peins des fleurs à perte de vue, je cherche un feeling: il faut que ça me dépasse. J’essaie de cultiver cette sensation en permanence.


Travailles-tu par période en terme de couleurs ou en fonction des humeurs ?

J’ai des couleurs de prédilection. Évidemment je suis directement influencée par la qualité de la lumière et de mon environnement. Ces gammes peuvent être très différentes en fonction de l’endroit où je me trouve. C’est une véritable ivresse pour moi de chercher des associations. J’aime en faire mon sujet principal dans mes toiles et parfois simplifier au maximum mon sujet pour profiter essentiellement de la qualité d’une couleur et de sa profondeur.

 

Le tableau devant lequel tu pourrais rester des heures ?

Je reviens toujours aux dessins de plantes d’Henri Matisse ou d'Ellsworth Kelly, ils m'apaisent. Les sculptures de Frank Stella me fascinent, je regarde souvent les tableaux de Cy Twombly et de Robert Motherwell pour la qualité du geste… J’en passe !  

Quels sont tes outils préférés pour créer ?

Mon outil de prédilection est une spatule de chantier ! Sinon dans mes indispensables il y a toujours des pinceaux larges, des brosses usées de préférence… 

  

Pour suivre Lucy et découvrir son travail, rendez-vous sur son compte Instagram

Portrait photo : Alice Sevilla


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