Rencontre avec Marie Rouge

Dites, il ferait pas un peu gris ?
L’ambiance ne serait-elle pas un peu, hmm, morose ? SKIP that !
Chez Make My Lemonade on s’est dit qu’en ce début de mois de février on allait mettre un peu de paillettes dans vos vies. Allez hop, on va chercher le positif où il se trouve : un beau bouquet de mimosas ça met du soleil dans le quotidien, on fait des crêpes, c’est pas grand chose mais en 2021 ça paraît déjà pas mal.

Dans cette lignée feel good, aujourd’hui on continue notre série de portrait de femmes inspirantes, de femmes qui nous font du bien, de femmes hautes en couleur. Ce sont ELLES qui font nos collections, qui nous inspirent. Nous avons à cœur de vous les présenter.

Aujourd’hui, on a rencontré Marie Rouge, une photographe tellement douce, tellement bienveillante et au style tellement multicolore. Son quotidien se partage entre portraits pour Libération, photos de manifs, soirées LGBTQI+, backstage chez Chanel…

Son style : des couleurs, des sequins, de l’audace, de l’excentricité, le tout, enrobé
derrière une grande timidité. On espère que ses mots vous iront droit au cœur.

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Peux-tu nous dire qui es-tu, où tu as grandi, quel est ton parcours ?

J’ai 29 ans, aujourd’hui je vis à Paris et je suis photographe. J’ai grandi en Basse-Normandie, en pleine campagne.
Au milieu des chèvres, des juments, des lapins, des poules. Ma mère était prof et mon père boulanger. J’étais ce qu’on appelle une « enfant sauvage ». J’adorais construire des cabanes, inventer des chansons, faire du vélo…

Après mon Bac, j’ai fait un an aux Beaux-Arts de Rennes, puis encore un an en fac d’Arts Plastiques à Montpellier.
Mais j’avais profondément envie de Paris. Alors, j’y suis allée. J’ai trouvé un apprentissage à la Réunion des Musées Nationaux pendant 3 ans. C’était marrant. J’ai bossé sur plein de trucs. En fait, je retouchais des photos, comme la vague d’Hokusai. J’ai travaillé sur des sculptures, des Picasso… En parallèle, je sortais dans des soirées LGBT et je faisais des photos. J’ai commencé à réaliser des projets persos aussi. C’était très enrichissant !
J’ai aussi été photographe au Musée de l’Armée, je faisais des retouches pour Hermès…

Depuis 5 ans, je suis freelance. Je bosse pas mal pour la presse : Libération, Télérama, Causette, Néon, Marie Claire, Grazia, Usbek et Rica… Mais aussi pour la mode : Chanel, LVMH. Et des éditions.

Pourquoi as-tu choisi de devenir photographe ? Qu’est-ce qui te plaît dans ton métier ?

Dans mon enfance, j’empruntais beaucoup l’appareil de mon père. Je faisais notamment des autoportraits, aka les débuts du selfie, mais je n’avais que moi sous la main à l’époque. Je dois dire que ce passage m’a aidé à me sentir belle, à prendre confiance en moi, c’est plus qu’une anecdote.

Ensuite, j’ai pris en photo mes amis du lycée… Et je n’ai jamais arrêté.

C’est ma manière d’aller vers les autres. De rencontrer des gens. Je suis quelqu’un d’assez timide, donc ce qui me plaît dans mon travail c’est que ça me permet d’avoir une approche différente. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est de couvrir une manif, puis de faire un défilé Chanel, de rencontrer un cinéaste incroyable…
Ce tourbillon est vraiment grisant

Ma mère me laissait m’habiller toute seule, et être qui j’étais. J’avais des baskets argentées, une veste en fausse fourrure rose. Je cousais mes habits. J’ajoutais des perles. J’adorais ça !

Ton amour pour la mode, c’est une transmission familiale ? Quelque chose que tu as développé toute seule ?

Quand j’étais petite, j’adorais me déguiser. Je faisais des spectacles (pour personne d’autre que mes parents). D’ailleurs, je voulais être chanteuse ! Je piquais les vêtements de ma grand-mère et à moi les talons, la fourrure, le maquillage. Je me prenais pour une grande dame.

Après en grandissant, j’adorais pimper les autres. J’avais des potes qui se maquillaient pas du tout, pour moi c’était un jeu. J’adore rentrer dans un personnage.

Je lisais énormément la presse féminine aussi. Genre « 20 ans » sauf que j’en avais 10, j’achetais Glamour. C’était une manière de m’extraire de la campagne, de rêver à une autre vie, à Paris, avec des gens sophistiqués, en me disant qu’un jour, peut-être que j’en serais.

Petite, j’étais déjà assez excentrique. J’étais la première à porter des Buffalo, des slims. Je dénichais ça sur Internet et tout le monde me regardait mais 6 mois plus tard tout le monde portait ça. J’étais « L’Originale ».
J’ai jamais changé mes habitudes, même si ça me heurtait. Ma mère me laissait m’habiller toute seule, et être qui j’étais. J’avais des baskets argentées, une veste en fausse fourrure rose. Je cousais mes habits. J’ajoutais des perles. J’adorais ça !

Comment décrirais-tu ton style ? Comment tu t’habilles ? Chez qui ? Qu’est-ce que le vêtement représente pour toi ?

Je pense que je suis bling mais rétro. J’aime tout ce qui brille. Il y a un mois on m’a offert une paire de chaussures dorée, je me suis rendue compte que j’en avais genre 8 paires dans mon dressing déjà. Sinon, je suis très vintage. J’essaye d’éviter la fast fashion à mort, même si pour certains trucs y’a pas le choix.

Je vais surtout dans des fripes, des vides greniers. Je préfère Le Bon Coin à Vinted où je me fais trop avoir. Je suis une grosse chineuse. J’ai des lubies. En ce moment, je cherche un porte-carte Hermès par exemple. A chaque fois que je vais à l’étranger, je vais dans des friperies et de ramène des trucs de dingue. Au Japon une veste d’homme, à New York un trench Dior. J’ai même trouvé des pièces Make My Lemonade !
Les fringues ça occupe une bonne partie de ma chambre, ça déborde des meubles… Je trie peu parce que y’a des moments où j’ai envie de m’habiller de telle ou telle façon.

En ce moment j’ai des envies de veste de costume d’homme, de derbies, super boyish parce que j’ai regardé le docu sur Fran Lebowitz. Ce que je regarde peut m’influencer en termes de style. Quand j’ai regardé « Carol » par exemple, j’avais envie de fringues vintage.
Quand j’ai regardé la saison 4 de The Crown, j’avais envie de m’habiller comme Lady Di. Après, si je vois un manteau en laine rose pétant dans la rue ça peut m’inspirer aussi !

J’ai toujours tout osé quand j’étais jeune dans la campagne…
À Paris, le regard des gens je ne le vois pas.
Je m’en fous.

Le féminisme et la mode, c’est conciliable ?

Y’a beaucoup de feminism washing en ce moment. Mais je trouve que les marques font des efforts par rapport à la représentation, et c’est important qu’elles se saisissent de cet enjeu. Les clientes ont envie d’être reconnues.

Aujourd’hui, on voit enfin des modèles noires, arabes, indiennes, rondes, avec des tâches de naissance, des boutons… C’est important. Alors oui, c’est un passage obligé, c’est du marketing, de la com, mais ça n’empêche que ça reflète un changement dans la société, la mode reflète toujours des changements donc je pense que c’est positif.
Il y a suffisamment de choses sur lesquelles s’offusquer je pense, dans ce monde-là, les copies, les dérapages, pour ne pas apprécier les avancés, quand il y en a.

Quel est ton rapport au féminisme ?

Aujourd’hui je suis une féministe assumée. Ma mère était féministe. A l’époque, en tant qu’ado, je voyais ça d’un mauvais œil haha ! Heureusement, j’ai changé. Je me suis sensibilisée. J’ai lu King Kong Théorie, ça m’a retourné le cerveau.
Je m’intéressais au Riot Grrrl. J'ai rencontré mon amie artiste peintre Elena Moaty (@elenamoaty) , je lui dois beaucoup, on a eu beaucoup de discussions, elle m’a déconstruite. C’est ces conversations-là qui m’ont ouvert les yeux sur ces problématiques.

Ça m’a fait me rendre compte que oui, c’est la merde, oui il faut s’unir. En tant que photographe, je me dis que ce que je peux apporter c’est les représentations. Dans mes projets persos, j’essaye de représenter mes modèles avec le plus d’humanité possible. Souvent, je choisis des personnes minorisées mais c’est naturel enfait.
Je fais au feeling. Un visage qui m’inspire c’est souvent quelqu’un de différent, une gueule.

As-tu des sources d’inspiration dans la mode, le cinéma, la photo ? Quelles personnalités admires-tu ? Quels personnages t’inspirent ?

Dans la littérature c’est basique mais Virginie Despentes m’inspire énormément. Les écrivaines qui ont émancipé la parole des femmes en règle générale. Comme Annie Ernaux. Elles m’ont aidé à vivre. Sinon, dans le cinéma, Céline Sciamma a vraiment changé la donne en termes de représentation que ce soit une gamine qui se questionne sur son genre, des films lesbiens, les banlieues. Sinon j’écoute beaucoup de podcasts ! C’est ma vie. J’en écoute à longueur de journée. Quoi de meuf, La Poudre, Les Couilles sur la table…
Que je sois en retouche, en train de faire la vaisselle, j’ai toujours quelque chose dans les oreilles

Ton top 3 des pièces dans ta garde-robe ?

De la taille haute ! Jean, jupes, shorts… J’ai aussi beaucoup de bodys. Je trouve ça tellement agréable à porter. Je porte même des maillots de bain une pièce en body. Et j’adore les combinaisons…

Sinon en termes de top 3 de haute qualité que j’adore il y a : un carré Hermès avec des bateaux dessus. Je me sens tellement puissante quand je le porte. Mythique ! Sinon j’ai une robe à sequins multicolore absolument démente. Elle vient de la friperie rue du roi de Sicile (Room 33). Et enfin, une paire de cuissardes en daim Marc Jacobs que j’ai payé 50 balles à New York qui me fais sentir tellement sexy quand je la porte.

Une pièce que tu rêverais de mettre mais tu n’oses pas ?

Ça n’existe pas ! J’ose tout. J’ai toujours tout osé quand j’étais jeune dans la campagne… A Paris, le regard des gens je ne le vois pas. Je m’en fous.

Tes comptes instagram préférés ?

Deux photographes qui m'inspirent beaucoup @marcinkempski et @chogiseok 

@CamillaMengstrom (un compte qui fait du bien : une artiste peintre qui fait des danses de la joie)

et parce qu'instagram manque de poésie : @OmarExacoustos

Enfin, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour 2021 ?

Des belles rencontres, du travail, c’est vraiment ce qui me rend ultra joyeuse et que le monde aille mieux
(mais ça fait très Miss France nan ?!)

Merci à Marie d'avoir répondu à nos questions !

Pour suivre le travail de Marie Rouge, rendez-vous sur son compte Instagram @lesjouesrouges !

 

Crédit photo bannière : Dorian Prost


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