Rencontre avec Valerie Rey-Robert

L’ADN de Make My Lemonade est composé de femmes.
Des femmes fortes.
Des femmes assumées. Des femmes militantes. Des femmes qui ont de la répartie. Le bon mot. Des femmes qui ont vécu des épreuves difficiles. Des femmes au style étonnant, parfois. La personnalité s’affiche, souvent, jusque dans la façon de se vêtir.
Ces femmes-là, et toutes les autres sont notre source d’inspiration.
Pour continuer notre série de portraits, on a interviewé Valérie Rey-Robert. Féministe, écrivaine, militante, vous la connaissez peut-être sous le nom de son blog « Crêpe Georgette ».

Aujourd’hui, c’est sous son « vrai » nom qu’elle prend la parole, sur Twitter beaucoup, mais aussi avec sa plume comme dans son livre « Une culture du viol à la française » parut en 2019.

Sur Instagram, elle affiche sa passion pour la mode des années 30 et 40, elle adore le rose de Jacquemus, et son franc parlé est en passe de devenir une signature.
On était très intimidé à l’idée de la rencontrer et elle s’est dévoilée sur ce qu’elle aime, ses plaisirs, ses fantasmes, son histoire et même, ses adresses confidentielles. Rencontre.

Peux-tu nous dire qui tu es, où tu as grandi, quel est ton parcours ?

Je suis née à Romans sur Isère, j’ai 46 ans, j’ai une maîtrise d’Histoire et un DESS Communication. J’écris sur le féminisme depuis 2001-2002. A cette époque, on considérait que le web n’était pas « sérieux », il fallait passer par le papier. J’écrivais sur féministes.net, et puis j’avais ce qu’on appelle « le complexe de l’imposteur. »

Comment et pourquoi as-tu créé ton blog Crêpe Georgette ? Quel message voulais-tu faire passer ?

C’était en 2008, j’avais besoin d’une bulle d’oxygène. Ce n’était donc pas un blog féministe à la base ; il l’est devenu peu à peu. Je ne viens pas du tout d’un milieu féministe à la base. Mais je le suis devenue complètement

C’est quoi ton lien au féminisme ?

(TW : violence et viol)

Je n’ai pas mis tout de suite un mot sur le féminisme. A 18 ans, j’avais des relations avec des hommes. J’étais dans un foyer. Je vivais un véritable slut shaming comme on dit aujourd’hui. Cette année-là, j’ai été violée. Un viol « idéal », par un inconnu, avec un couteau. J’ai ressenti aucune culpabilité. C’est les réactions autour de moi qui m’ont fait culpabiliser. On te sort « tu l’as cherché, tu mens ». A partir de là, je me suis dit que ce n’était pas normal. Mais je n’ai pas mis le mot féminisme sur mes réflexions. Ensuite en 1999, je suis allée sur le seul forum féministe français qui s’appelait Les Chiennes de Garde ; je ne sais plus du tout pourquoi j’y suis allée

Récemment, tu as décidé de ne plus utiliser de pseudonyme et de prendre ton vrai nom, pourquoi cette levée soudaine d’anonymat ?

J’ai sorti un livre (« Une culture du viol à la française », Libertalia) donc j’ai été obligée pour des raisons de promotion

J’ai du mal à savoir si c’est « trop voyant » ou pas.

J’aime les imprimés fleuris. J’ai une PASSION pour le rose.

Quel est ton rapport à la mode ? C’est quelque chose qui t’a toujours fascinée ou tu t’en foutais un peu ?
Y’a-t-il eu une transmission familiale ?

Ma mère était une grande passionnée de mode. Et je le suis aussi. Une passionnée de mode vintage, de mode ancienne, j’adore les vêtements des années 30-40. La mode est un éternel recommencement, on a beaucoup repris les codes des années 40 dans les années 80 par exemple. Sur Instagram je ne suis que des américaines spécialistes de la mode des années 1930 et 1940. Après je suis abonnée à des groupes Facebook, je regarde ce qui se fait. J’aime chiner dans les brocantes, dans les puces.

J’aime cette période parce que les formes sont très intéressantes. Larges épaules, taille marquée, les tissus qui tombent parfaitement. Je déplore qu’aujourd’hui il y ait si peu de couleurs, d’imprimés.

J’aime : les bijoux. Je n’ai jamais trop de bijoux. Je les aime massifs. J’ai du mal à me limiter là-dessus !

J’ai du mal à savoir si c’est « trop voyant » ou pas.  J’aime les imprimés fleuris. J’ai une PASSION pour le rose. Celui qu’a créé Jacquemus c’est la plus belle chose que j’ai vu depuis bien longtemps !

 

Ton icône mode ?

J’adore Catherine Baba. Dans cette époque assez terne, elle m’évoque un rayon de soleil.

On peut conjuguer féminisme et mode tu crois ?

On ne peut pas nier qu’historiquement, on a poussé les femmes à s’habiller d’une certaine manière. Au final, si on a envie de s’habiller pour plaire, c’est pour plaire aux hommes. Et il faut arriver à se détacher de ça. C’est aussi une perte de temps, d’argent. D’un autre côté, le féminisme ce n’est pas un combat qui me fait du bien.

La mode pour moi, c’est une parenthèse enchantée. Pour moi, il n’y a pas de lien. Par contre, la mode qui se tourne vers le féminisme, j’appelle ça du féminisme washing

Quelle relation entretiens-tu avec ton corps ?
Penses-tu qu’aujourd’hui on a changé dans notre rapport mode/sexualisation des corps féminins ?
Penses-tu qu’il y a eu une révolution autour du genre et de l’acceptation de soi ?

Je pense que la grossophobie est la discrimination la moins bien comprise. On cache ça derrière une question de santé mais c’est une discrimination très genrée, malgré le fait qu’il y ait aussi des hommes gros. La plupart des personnes opérées sont des femmes. On mélange, je pense, le body shaming avec la grossophobie. On m’a souvent dit « On ne fait pas votre taille en magasin. » Mais je ne suis pas grosse. Aujourd’hui, le mouvement bodypositive a été réapproprié par des filles vaguement rondes mais c’est invisibiliser les femmes grosses. L’autre chose paradoxale c’est que l’injonction patriarcale sur la beauté a été reprise dans le féminisme où l’on n’arrête pas de dire que tout le monde est beau. C’est dur quand même non ? On a le droit de pas être « beau ».

Je l’ai vécu cet été avec ma mère, très abimée par la maladie. Ce n’était pas forcément beau tu vois. On vieillit, on perd du poids. Elle avait le ventre gonflé. Il faut accepter ce corps qui n’est plus vraiment celui de sa mère. Ça fait pas mal relativiser l’idée de beauté.

Ton top 3 des pièces inaccessibles ?

Un manteau Gucci blanc cassé qui vaut dans les 2500 euros (une folie). Il est en laine, avec une martingale de toute beauté, il est droit, sobre, parfait.

Ensuite, ce n’est pas vraiment pour le mettre, mais plus pour le regarder, le toucher, c’est une robe portée par Marylin Monroe. Il y a eu une vente aux enchères récemment…

Enfin, ce n’est pas inaccessible mais des bottes Yves Saint Laurent vintage. Et je triche, en bonus j’adorerais m’offrir un gros bracelet Maison Gripoix pour Chanel, mais ça part à des sommes folles

As-tu une pièce que tu rêverais de mettre mais tu n’oses pas ?

J’adore les shorts taille haute années 40, mais je n’oserais pas parce que ça ne va pas avec mon âge je pense. J’avais parlé sur Twitter d’un cardigan qui me faisait envie sur un site et au final… Sur une fille de 20 ans ça passe mais sur moi on dirait tout de suite le Père Noël est une ordure !

Des adresses, bons plans à conseiller ?

Chez PouPoule, rue de Charonne et Mamz’Elle Swing aussi, rue du Roi de Sicile.

Sur Instagram je suis pas mal de vendeuses aussi, on peut m’envoyer un petit message si besoin. Enfin, j’achète aussi beaucoup sur Vinted et sur Vestiaire Co.

Retrouvez Valérie Rey-Robert sur son blog, son compte Twitter et sur Instagram.

« Une culture du viol à la française » éditions Libertalia - 18 euros
« Le sexisme, une affaire d'hommes » éditions Libertalia - 18 euros


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